Quand la gouvernance rencontre la commercialisation : Leçons tirées de la proposition abandonnée de la FIFA

3 août 2026

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Quand la gouvernance rencontre la commercialisation : Leçons tirées de la proposition abandonnée de la FIFA

À la fin du mois de juillet 2026, la FIFA s'est retrouvée au cœur de l'un des débats les plus importants en matière de gouvernance dans le football moderne. Ce qui avait commencé comme une proposition ambitieuse visant à débloquer des milliards de dollars en financement supplémentaire pour le développement du football s'est rapidement transformé en un débat mondial sur la transparence, la reddition de comptes et la commercialisation du sport le plus populaire au monde.

Quelques jours seulement après avoir annoncé sa proposition, la FIFA y a renoncé à la suite d'une opposition généralisée de la part des confédérations, des associations nationales membres et d'autres parties prenantes. Bien que les opinions divergeaient quant au bien-fondé de la proposition elle-même, cette controverse a mis en lumière l'importance d'une gouvernance solide lorsqu'une organisation sportive internationale envisage des changements fondamentaux à sa structure.

La proposition

Le 28 juillet 2026, le président de la FIFA, Gianni Infantino, a dévoilé un projet visant à créer FIFA Forward Enterprise (FFE), une nouvelle filiale commerciale qui serait chargée de gérer les principaux droits commerciaux de la FIFA, y compris ceux liés à la Coupe du monde de la FIFA.

Selon cette proposition, la FIFA aurait conservé l'autorité exclusive sur la gouvernance du football, les formats des compétitions, la réglementation sportive et le calendrier international des matchs. Elle proposait toutefois de vendre jusqu'à 21 % des parts de FFE, valorisant l'entreprise à environ 20 milliards de dollars américains et levant près de 4,2 milliards de dollars américains auprès d'investisseurs externes. Selon plusieurs médias, Thrive Capital, dirigée par Joshua Kushner, proche parent de la famille Trump, devait mener le groupe d'investisseurs.

Selon la FIFA, le produit de cette transaction aurait été réinvesti directement dans le football par l'entremise d'un nouveau Programme FIFA Fast-Forward, augmentant considérablement le financement du développement offert à ses 211 associations membres. Chaque association aurait ainsi été admissible à un financement additionnel important pour des projets d'infrastructures et de développement, tandis que les subventions régulières du Programme FIFA Forward auraient également connu une augmentation significative au cours des prochains cycles de financement.

La proposition devait être approuvée par une majorité des 211 associations membres de la FIFA, en plus de recevoir l'approbation du Conseil de la FIFA.

Il convient de souligner qu'il ne s'agissait pas de la première tentative de la FIFA d'attirer des investissements externes. En 2018, la FIFA avait déjà exploré un partenariat commercial similaire avec SoftBank, bien que cette initiative n'ait finalement jamais vu le jour.

Les arguments en faveur de la proposition

Les partisans de la proposition y voyaient un modèle de financement novateur qui permettrait d'accroître considérablement les investissements dans le football à l'échelle mondiale, sans modifier la structure de gouvernance de la FIFA.

La FIFA soutenait qu'elle conserverait le contrôle exclusif de toutes les décisions sportives et réglementaires, tandis que les investisseurs externes ne détiendraient que des participations minoritaires sans contrôle dans la filiale commerciale. Selon la FIFA, l'ensemble des bénéfices financiers générés par cette structure serait ultimement réinvesti dans le développement du football.

Ce financement additionnel aurait permis aux associations membres - particulièrement celles disposant de ressources financières plus limitées - d'investir dans leurs installations, les programmes de développement à la base, la formation des entraîneurs, le développement des jeunes athlètes et les infrastructures. Les partisans de la proposition soutenaient également que les capitaux privés pourraient accélérer l'innovation, renforcer l'engagement numérique, améliorer les activités commerciales et favoriser la viabilité financière à long terme des compétitions de la FIFA.

Les arguments contre la proposition

Les détracteurs de la proposition se demandaient si l'introduction d'investissements privés dans les droits commerciaux de la Coupe du monde de la FIFA risquait de modifier fondamentalement les intérêts entourant la compétition la plus prestigieuse du football.

Bien que la FIFA ait insisté sur le fait que la gouvernance sportive demeurerait entièrement sous son contrôle, les opposants soutenaient que des investisseurs cherchant à obtenir un rendement financier pourraient néanmoins exercer une pression indirecte sur les futures décisions commerciales. Ils craignaient que les considérations commerciales finissent progressivement par prendre le pas sur les considérations sportives lors de décisions touchant les formats des compétitions, le calendrier, les droits de diffusion ou encore le choix des pays hôtes.

D'autres remettaient en question la nécessité même d'avoir recours à des investissements externes. La FIFA a enregistré des revenus records au cours des dernières années et dispose déjà d'importantes réserves financières. Pour plusieurs observateurs, la véritable question n'était pas de savoir si un financement additionnel serait bénéfique pour le football, mais plutôt pourquoi la création d'une nouvelle structure commerciale faisant appel à des investisseurs privés était nécessaire pour atteindre cet objectif.

Les préoccupations en matière de gouvernance étaient tout aussi importantes. De nombreuses parties prenantes ont exprimé des réserves quant à la manière dont la proposition avait été élaborée et présentée, estimant qu'une initiative d'une telle ampleur nécessitait une consultation plus large ainsi qu'une plus grande transparence avant d'être soumise au vote des associations membres.

La réaction internationale

La proposition a suscité des critiques immédiates et généralisées au sein de la communauté du football.

L'UEFA s'est imposée comme la principale opposante à la proposition. Son président, Aleksander Čeferin, a déclaré que celle-ci franchissait « une ligne que les instances dirigeantes du football ne devraient jamais franchir », tandis que le communiqué officiel de l'UEFA affirmait que « la Coupe du monde n'est pas à vendre ». L'UEFA soutenait que la plus prestigieuse compétition du football constitue un héritage confié aux générations futures - et non un actif commercial destiné à être vendu - et a critiqué ce qu'elle considérait comme un manque de transparence et de consultation véritable tout au long du processus.

Des préoccupations similaires ont été exprimées ailleurs. La Concacaf, la Confédération asiatique de football (AFC), la Fédération française de football (FFF), la Football Association (FA) d'Angleterre ainsi que des représentants de la Fédération allemande de football (DFB) ont tous publiquement remis en question tant le fond de la proposition que le processus ayant mené à son élaboration. Bien que ces organisations aient mis l'accent sur des préoccupations différentes, un même constat s'est dégagé : les décisions ayant une incidence sur le football mondial doivent s'appuyer sur une consultation rigoureuse, des processus de gouvernance clairs et une communication transparente avec les parties prenantes.

La proposition est abandonée

Quelques jours seulement après son annonce, la FIFA a abandonné le projet FIFA Forward Enterprise devant l'opposition internationale grandissante.

Selon plusieurs médias, l'UEFA aurait envisagé des mesures coordonnées si la proposition devait aller de l'avant, tandis que l'opposition croissante d'autres confédérations a accentué la pression exercée sur la FIFA. Devant les critiques grandissantes visant à la fois la proposition elle-même et le processus décisionnel ayant mené à son élaboration, la FIFA a finalement choisi de ne pas donner suite à cette initiative.

Bien que la proposition ait été abandonnée, le débat plus large entourant les investissements commerciaux dans le sport international est loin d'être clos. À mesure que les organisations sportives cherchent de nouvelles sources de financement pour soutenir leur croissance et leur développement, des questions semblables continueront inévitablement de se poser.

Les leçons de gouvernance au-delà du football

Que l'on considère la proposition de la FIFA comme un mécanisme de financement novateur ou comme une commercialisation inutile du sport, cet épisode constitue une importante étude de cas en matière de gouvernance sportive.

La leçon la plus importante est peut-être que le sport occupe une place à part. Contrairement aux entreprises commerciales traditionnelles, les instances dirigeantes du sport international n'ont pas uniquement pour mission de maximiser les revenus : elles sont également les gardiennes de compétitions porteuses de décennies d'histoire, de traditions et d'une importance culturelle pour les athlètes, les partisans et des communautés entières.

L'innovation financière n'est pas, en soi, incompatible avec cette responsabilité. En effet, de nouveaux modèles de financement peuvent permettre aux organisations d'investir davantage dans le développement du sport à la base, les infrastructures et la croissance du sport à l'échelle mondiale, contribuant ainsi à uniformiser les conditions de compétition et à favoriser une concurrence plus équitable sur la scène internationale. Toutefois, la controverse entourant la proposition de la FIFA illustre que la manière dont de telles initiatives sont élaborées et communiquées peut être tout aussi importante que les initiatives elles-mêmes. La transparence, une consultation véritable des parties prenantes et une gouvernance solide ne sont pas des obstacles à l'innovation : elles en sont des composantes essentielles.

Le débat démontre également que les décisions en matière de gouvernance ne devraient pas toutes être envisagées uniquement sous l'angle financier. Bien que la croissance commerciale constitue un objectif important, les institutions sportives tirent leur légitimité non seulement de leur réussite économique, mais également de la confiance que leur accordent les athlètes, les partisans, les associations membres et l'ensemble de la communauté sportive. Préserver cette confiance - ainsi que les traditions qui confèrent au sport sa valeur culturelle - peut, dans certaines circonstances, être tout aussi important que de maximiser les occasions commerciales.

Bien que la proposition de FIFA Forward Enterprise ait été abandonnée, le débat plus large qu'elle a suscité est peu susceptible de disparaître. À mesure que les organisations sportives internationales explorent de nouveaux modèles commerciaux, les considérations juridiques et de gouvernance demeureront essentielles afin de garantir que les objectifs financiers soient poursuivis d'une manière transparente, responsable et conforme à la mission à long terme de l'organisation.

Que la proposition de la FIFA soit perçue comme visionnaire ou mal avisée dépend ultimement du point de vue de chacun. Ce qui est toutefois moins controversé, c'est que le sport ne peut être gouverné comme s'il s'agissait d'une entreprise comme les autres. Les instances dirigeantes ont non seulement la responsabilité de gérer les compétitions, mais également celle de préserver l'histoire, la culture et l'intégrité qui font de ces compétitions un patrimoine digne d'être protégé. Cette confiance demeure l'un des actifs les plus précieux du sport - un actif qui ne peut être mesuré par un simple bilan financier.

À mesure que les organisations sportives sont appelées à composer avec des enjeux de gouvernance, de réglementation et de commercialisation de plus en plus complexes, il n'a jamais été aussi important que les décisions majeures reposent sur des conseils juridiques éclairés et des cadres de gouvernance solides. Qu'il s'agisse de revoir des structures de gouvernance, d'évaluer des occasions commerciales ou de gérer un changement organisationnel, un accompagnement juridique expérimenté peut aider les organisations à atteindre leurs objectifs tout en préservant les valeurs et la confiance des parties prenantes qui sont au cœur du sport.

 

Auteure: Audrey Baillairgé

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